Interview exclusive de PEP’S by Marie-Line ATECTAM

Marie-Line ATECTAM – Fondatrice de PEP’S – « L’enfance au cœur de la France »

Fondatrice de PEPS – Parents, Equipe, Projet Serein

Marie-Line propose un double regard, à la fois terrain et stratégique, ce qui pour elle parait à ce jour indissociable aux vues des enjeux éducatifs et institutionnels.

Son parcours :

Comment êtes-vous venue à travailler dans la petite enfance ?

J’ai d’abord suivi un cursus de sage-femme, mais j’ai vite compris que ce n’était pas ma voie. En revanche, j’étais passionnée par tout ce qui touche à la petite enfance. J’ai donc choisi la passerelle vers le diplôme d’État d’auxiliaire de puériculture, et c’est là que j’ai trouvé ma place. Ce métier m’a ouvert à la fois sur l’éducatif, le soin, et la relation humaine.

Souhaitant évoluer, j’ai ensuite validé par la voie de la VAE le Diplôme d’Etat d’Educatrice de jeunes enfants (EJE). Ce diplôme m’a permis d’accéder à des fonctions de direction. J’ai rapidement pris des fonctions de directrice adjointe, puis de directrice d’EAJE et enfin de coordinatrice de secteur pour le plus gros réseau de crèche de l’île. Ces postes m’ont apporté une vision globale : gestion de structures, management d’équipes, accompagnement des familles, pilotage de projets éducatifs et pédagogiques.

PEPS : un projet né d’un besoin de lien

Comment est née PEP’S ?

Après plusieurs années dans la coordination, j’ai ressenti un manque. À ce niveau de poste, on est souvent dans la gestion administrative et managériale, et on perd le lien direct avec les enfants et les familles. Or, c’est précisément cette relation qui m’animait au départ.

J’ai donc créé PEPS (Parents, Enfants, Projet Serein) pour retrouver cet équilibre entre terrain et accompagnement stratégique. Le projet reposant sur deux axes :

Le premiers étant, le consulting auprès des structures de la petite enfance, à travers l’accompagnement des gestionnaires, des équipes via différentes interventions tels que l’appui à la rédaction de projets d’établissement, réaménagement d’espaces, soutien managérial et cohésion d’équipe.

Et l’accompagnement à la parentalité, par le biais d’ateliers, de conférences, d’interventions en crèche ou en association, et de suivis individuels à domicile.

C’est ainsi que je visualise la continuité de mon parcours en ne renonçant ni à ce qui m’anime depuis toujours ni aux compétences que j’ai acquises sur mes différents postes.

L’accompagnement à la parentalité avec PEP’S

“Les parents sont souvent pris entre deux modèles d’éducation très opposés”

Quels constats faites-vous sur les besoins des familles aujourd’hui ?

Il y a beaucoup d’ambivalence et d’incertitude. À La Réunion, comme ailleurs, les familles oscillent entre deux modèles : une éducation traditionnelle, très ancrée dans les pratiques culturelles locales, et les nouveaux courants d’éducation positive et bienveillante. Cette coexistence crée parfois de la confusion. Les parents se demandent ce qu’ils doivent faire, ce qui est “bon” ou “mauvais”.

Mon rôle, c’est de les aider à retrouver du sens. Il ne s’agit pas d’appliquer une méthode universelle, mais d’accompagner les parents à construire leur propre modèle, cohérent avec leurs valeurs et leur réalité quotidienne.

Quels thèmes reviennent le plus souvent dans vos accompagnements ?

Les deux grandes thématiques, ce sont le sommeil et la gestion des émotions. Les troubles du sommeil génèrent énormément de fatigue et de tensions dans les familles. La gestion des émotions, c’est souvent la suite : les colères, les pleurs, la frustration… Ces comportements d’enfants viennent questionner la posture parentale.

Souvent, les parents n’ont pas besoin d’un “cours” mais d’une écoute active, d’un espace où ils se sentent compris et soutenus. C’est en restaurant cette confiance qu’on peut les aider à ajuster leurs pratiques.

Vous parlez beaucoup de bienveillance. Comment la définissez-vous ?

Pour moi, l’éducation bienveillante n’est pas un concept à la mode. C’est une posture naturelle, qui repose sur l’écoute, le respect et la compréhension du développement de l’enfant. Ce n’est pas être laxiste ou “ne jamais dire non”. C’est poser un cadre clair, mais avec empathie.

On a trop souvent opposé éducation traditionnelle et bienveillance, comme si l’une excluait l’autre. L’enjeu, c’est la cohérence et la nuance.

« Professionnaliser sans déshumaniser »

Sur le versant consulting, quel regard portez-vous sur les structures de la petite enfance à La Réunion ?

On observe une évolution rapide, notamment avec la multiplication des micro-crèches. Cela a permis d’augmenter l’offre d’accueil, mais aussi créé des disparités de qualité. Certaines structures sont ouvertes par des personnes peu formées au secteur, avec une approche trop gestionnaire. Or, la petite enfance ne peut pas être traitée comme un commerce.

La rentabilité ne doit jamais primer sur le projet éducatif. Mon travail consiste justement à remettre l’enfant au centre : à travers la réflexion pédagogique, la cohérence d’équipe, l’aménagement des espaces et la posture professionnelle.

Quels sont les besoins les plus fréquents des équipes ?

Souvent, c’est le besoin de sens. Les professionnels de crèche sont passionnés, mais aussi épuisés. Ils ont besoin de retrouver la signification de leur mission. Mes interventions portent autant sur la technique (écriture de projet, gestion de conflits, communication interne) que sur la dynamique d’équipe : se recentrer sur pourquoi on fait ce métier.

Et du côté des gestionnaires ?

Les gestionnaires ont parfois du mal à articuler logique économique et exigence éducative. Mon rôle, c’est de leur apporter des outils concrets de pilotage, mais aussi une vision à long terme : comment garantir un accueil de qualité tout en respectant la réglementation et la viabilité financière.

“Il faut une politique globale de l’enfance, l’enfance au cœur de la France”

Vous évoquez souvent la nécessité de repenser la politique de l’enfance. Pourquoi ?

Parce qu’en France, on segmente trop. La petite enfance, l’école, les services sociaux, le médico-social fonctionnent chacun de leur côté. Dans les pays nordiques, il existe une politique de l’enfance cohérente, pensée de 0 à 18 ans. Ce continuum favorise la continuité éducative, la prévention et la cohérence des parcours.

Nous gagnerions à nous inspirer de ces modèles. L’enfant ne disparaît pas à 3 ans quand il entre à l’école. Les besoins de développement et de bienveillance demeurent.

Que pensez-vous du débat sur la place du privé dans la petite enfance ?

Je suis favorable à la diversité des structures, mais à condition que l’éthique reste centrale. On ne gère pas une crèche comme un restaurant. En Belgique flamande, les crèches à but lucratif ont été interdites récemment. Ce n’est pas irréaliste : en France, cela existait autrefois. Il faut simplement garantir que la qualité prime sur le profit.

PEP’S, la suite

Comment voyez-vous l’évolution de PEPS dans les prochaines années ?

Je souhaite renforcer l’impact de PEPS sur tout le territoire réunionnais, notamment par la formation des équipes, le déploiement d’ateliers à distance et la création de modules en ligne (MOOC) pour les parents. L’objectif est de rendre l’accompagnement plus accessible, y compris dans les zones rurales.

Je réfléchis aussi à constituer une équipe d’éducatrices de jeunes enfants pour intervenir dans les structures et développer des actions collectives autour de la prévention des violences éducatives ordinaires.

Quelle est votre ambition profonde à travers ce projet ?

Remettre du sens dans les pratiques éducatives, partout où l’enfant est concerné. Qu’il s’agisse d’un parent ou d’un professionnel, tout part de la relation. On parle beaucoup de bienveillance, mais le véritable enjeu, c’est la cohérence entre discours et réalité.

En conclusion

À travers PEPS, Marie-Line ATECTAM défend une approche exigeante et humaine de la petite enfance : professionnaliser sans déshumaniser, écouter sans juger, et replacer l’enfant au centre de chaque projet.

« L’éducation bienveillante n’est pas une option, dit-elle, c’est une évidence. Parce qu’éduquer, c’est avant tout une rencontre entre deux êtres humains : un adulte en chemin, et un enfant en devenir. »